MA JOURNEE TYPE
LE 10 JANVIER 2011
7h00...Crick crack bang!...je me lèv... mais non il n'est pas l'heure de se lever... c'est la porte du 42 qui vient de se refermer un peu lourdement suite au passage d'un de mes nombreux« coloc ». Dans le froid matinal, il s'en va rejoindre le bâtiment du « séjour » pour y savourer un bon bol de café dans lequel il trempera une tranche de cette délicieuse brioche aux pépites de chocolat (oui j'insiste lourdement sur le « délicieuse ») !
Théoriquement le dortoir 42 est un lieu réservé au repos où le silence est roi à toute heure de la journée. Pour ne pas faire de bruit on se croise dans les couloirs sans se parler...Ça crée une ambiance mystérieuse...
Mais ca s'est la théorie parce qu'en pratique le travailleur matinal qui vient de franchir la lourde porte, type chambre froide de sous marin russe (encore eux...) du 42, il oublie souvent qu'une fois dehors, tout en étant à l'extérieur, le fait de claquer la porte avec la délicatesse d'un bucheron norvégien qui cherche à abattre un séquoia tricentenaire, puisse provoquer du bruit à l'intérieur du bâtiment...
Enfin bref, à cette heure, si je suis éveillé, je jette un coup d'œil sur le réveil et je me dis: « cool encore 3h de sommeil » puis je me rendors.
10h...
coui... couiiiiiucouii...couiiicouiicouuiicouiiuiiuiiu...
le chant mélodieux d'une mésange me ramène à la dure réalité, il est temps de se lever... 5..4...3...2...1...connexion du neurone...décollage des paupières... OK Houston tout est sous contrôle!
Ma main part à taton sur la table de chevet et, d'un doigt vengeur, écrase le bouton du réveil ce qui cloue instantanément le bec à la mésange !
Lunettes de soleil sur le nez j'entrouvre le store de l'une de mes fenêtres..et là, oh! surprise: il fait déjà jour... ca fait seulement un mois que ca dure!
Une lumière aveuglante inonde ma chambre et vient me rappeler qu'il serait bon de temps en temps d'y faire un petit peu de rangement!
10h 15
Le téléphone sonne.. allo ? C'est Yannick: plus assez de pain pour le déjeuner... Nom d'un petit bonhomme quel est le petit saligaud qui a encore mis du pâté hénaff à la pause de 10h ?!! des noms! Je veux des noms!!!
Je saute alors dans mes chaussettes (et tout le reste.. pudeur et température obligent...) et m'en vais rejoindre prestement, mais d'un pas de danseuse étoile (puisque le bruit est proscrit au 42), la « cuisine-pâtisserie-boulangerie-confiserie-chocolaterie-traiteur » située dans le même bâtiment que le « séjour-bar-bibliothèque-cinéma-laverie-sanitaires ».
10h30
Lancement du premier pétrin... mesdames les ménagères à vos carnets!
pain de campagne: 10kg de farine, 1,2kg de seigle, 180g de sel, 7,2l d'eau, 100g de levure sèche de boulanger et 4kg de pâte fermentée...
Avec ces quantités je produis une quarantaine de pains façonnés en boules ou en baguettes, suivant mon humeur et ma patience.
12h00:
Le pain est enfourné pendant 15 min à 250°C ce qui me laisse le temps d'aller perdre* une petite partie de billard à coté! (*35 parties disputées... 35 défaites... une constance inégalée à DDU...!)
12h15
Le pain sort du four, la cloche est sonnée, les gens passent à table et le spectacle peut commencer:
20 serveurs dont la tenue est soigneusement « checkée » par le maitre d'autel avant chaque service, arrivent en file indienne portant l'assiette de chaque convive sous une cloche d'acier étincelante. Un somptueux lustre de cristal situé au centre de la pièce diffuse une lumière délicate sur le piano à queue où une sublime diva en robe rouge se désaltère d'un verre de champagne... Les plats sont déclochés simultanément dans une chorégraphie minutieusement exécutée. Vient alors le sommelier qui nous suggère les grands crus du domaine les mieux à même d'accompagner le plat choisi...
Oh pardon...j'ai comme l'impression de m'être assoupi un instant... ais-je révé?! Je reprend:
12h15
Le pain sort du four, la cloche est sonnée, les gens passent à table et le spectacle peut commencer:
3 personnes arrivent en jean's basket, le poil hirsute, le pied trainant... Chacune d'elle pousse un chariot d'hôpital sur lequel s'entrechoquent les plats de carottes râpées et les brocs de vinaigrette... « sa passe ou sa casse! Sa passe ou sa casse! » assène le pilote du chariot aux malheureux retardataires qui encombrent le passage au péril de leur vie.
Au plafond un néon poussiéreux vit ses derniers instants... stroboscope fatigué qui semble vouloir appeler quelqu'un à l'aide en diffusant désespérément ses derniers flashs de lumière... mais dans la salle personne ne prête attention à sa détresse, trop obnubilé que nous sommes par le plat qui arrive ensuite: les patates frites!
Au bar, langoureusement accoudé au comptoir, un mec en salopette rouge sirote une bière...
L'après midi généralement je le consacre à la réalisation du dessert du soir... des éclairs au chocolat si je suis courageux, des cakes aux noix les jours de flemme! Quoi qu'il advienne les plats ne reviennent jamais très chargés en cuisine et ca sa fait vraiment plaisir!
Les ventres charitables (quoi qu'un peu intéressés...) sont de plus en plus nombreux à venir en cuisine me prêter main forte pour pâtisser et, malgré mon manque cruel de pédagogie, certains maso reviennent plusieurs fois...et ca aussi finalement sa fait plaisir!
Vers 16h je lance une deuxième tournée de pain.. la faute à la pause de 15h et à monsieur Pâté Hénaff...
A 19h15 nous passons à table, après la désormais traditionnelle partie de billard perdue pour ma pomme...
Vers 20h15 nous sortons de table. Moi je cours vers le billard pour prendre « la gagne » en espérant tomber sur un adversaire à ma hauteur... c'est à dire sur un manchot borgne unijambiste qui aurait un peu abusé du coolabah (le grand cru local) pendant le repas...et là généralement je tombe sur le gars qui a ramené sa queue spécialement de France dans ces malles; la partie dure environ 5 min... mais, soit dit en passant, elle pourrait n'en durer que deux s'il ne perdait pas un temps fou à monter son instrument tel un bourreau affutant sa hache devant le condamné... et je repars tête basse, la queue de billard entre les jambes!
Dépité par ce nouvel échec je me dis alors que j'irais bien pousser la chansonnette au salon, histoire de brailler mes frustrations à la face du monde... mais là, à tous les coups, il y a déjà un « Rock voisine »* calé dans le canapé, la guitare en bandoulière, qui charcute quelques standards à la guitare entouré de groupies hystériques qui lui envoient leurs bas polaires au visage en signe de remerciement..
(*célèbre chanteur à minette québécois et mauvais commentateur des derniers JO de Vancouver)
Oui, bon d'accord, je m'excuse: le monsieur Voisine en question chante pas mal et joue très bien de la guitare mais après une journée de travail harassante j'ai bien le droit de faire un peu de mauvais esprit, non ?!
Fin de la journée je vais me coucher...!