Vlà le printemps! Par ici ce ne sont pas les petites fleurs qui l'annoncent mais le retour par la voie des airs des as de la volaille volante.

Les pétrels des neiges, les pétrels géants, les damiers, les pétrels antarctique et les skuas (*) reviennent prendre leurs quartiers d'été dans l'archipel. En ce début de saison touristique les logements vacants sont encore nombreux dans la caillasse et les loyers restent abordables mais ce sera bientôt la cohue pour trouver où nicher.

Après tant de mois passés sans rien voir dans le ciel que des nuages, des aurores, des ballons météo et une poutre métallique de temps à autres les jours de grand vent, ca fait tout drôle de revoir ces petites boules emplumées qui évoluent au dessus de nos têtes en se jouant des rafales de vent. Un poète trouverai surement beaucoup d'inspiration dans la contemplation d'un tel spectacle... « Bêlll oiseau blanc du bout du mondeeee, etc, etc »...

Moi je ne peux m'empêcher de penser aux centaines de décibels qui seront bientôt émises continuellement par la volière de dessous mes fenêtres (j'habite au dessus d'une barre HLM pour pétrels des neiges et damiers du cap!)... Crrrrrrcrrrrrrcrrrrrcrrrr...pioupioupioupioupiou...Crrrrpioucrrrrpioupioupioucrrrrrpioupiou... plus c'est petit, plus ca fait du bruit !

Le printemps c'est aussi la période que choisissent les phoques pour vêler... (j'imagine que l'on peut utiliser ce terme pour ces animaux étant donné que le petit du phoque est appelé veau, mais peut-être que je me plante le doigt dans l'œil.)

 bibi

En ce qui concerne les naissances de bêtes polaires, un rapide coup d'œil à mon planning de travail des semaines à venir m'a permis de faire le constat suivant: tout comme les phoques, une grande majorité des hivernants naissent au cours des mois d'octobre et de novembre(une dizaine d'anniversaires et donc autant de gâteaux répartis sur le mois à venir). De là à conclure que l'hivernant a des liens de parenté avec le phoque de Weddel... Appel aux scientifiques: c'est un sujet qui mériterai d'être approfondi!

Le printemps c'est aussi la période où l'Astrolabe reprend ses rotations entre Hobart et l'ile des pétrels avec plein de trucs dans ses cales: les campagnards d'été (personnel technique et scientifique présent sur la base durant l'été austral), les futurs hivernants de la TA62 qui devront à leur tour, comme nous l'avons si bien fait (benh quoi? le printemps c'est quand même la saison des fleurs!), s'occuper de l'entretien de la banquise (un bon arrosage quotidien et une tonte hebdomadaire), le courrier(« ouais! c'est le colis que je croyais perdu que m'avait envoyé tante Fistule avec du bon camembert moulé à la louche à l'intérieur.. mh! ») et (,surtout!,) les FRUITS(Rahhhh!) et LEGUMES(Rahhhhhhhhhh) FRAIS!!!Raaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh! Pardonnez moi ces cris dactylographiés de plaisirs, communiqués directement par mes papilles à mes doigts sans passer par le cerveau, mais en ces temps de carottes appertisées et de pruneaux déshydratés, la simple évocation du retour de ces petites choses banales pour vous mais qu'on a tellement de mal à trouver au monop' en antarctique, a tendance à provoquer en moi des manifestations soudaines et incontrôlables de plaisir intense!

 Vlà le printemps ! Les jours rallongent... si j'en crois les plus insomniaques d'entre nous, c'est vers 4h00 le matin que le soleil sort des entrailles du glacier. Après nous avoir boudé à la midwinter il devient chaque jour de plus en plus matinal à mesure que l'on se rapproche de la fin d'année. Bientôt il faudra se méfier de ses rayons qui n'auront qu'un seul objectif: nous cramoisir nos tronches d'aspro sans aucune pitié ! Mais, pour le moment, ce soleil on ne fait que le deviner car depuis deux semaines il se cache derrière une couche de gros nuages cotonneux qui nous déversent quotidiennement sur le bonnet toute la neige qu'en temps normal ils s'arrangent à répartir sur toute la durée de l'« ermitage ». Ajoutez à cela quelques bons coups de vent et vous obtenez de magnifiques congères de plusieurs mètres d'épaisseurs qui viennent se former un peu partout sur la base et principalement aux endroits où elles sont sures de nous... empapaouter.. Ainsi depuis deux semaines, des équipes de secours composées de valeureux volontaires armés de pelles et de camelbag d'huile de coude tentent de retrouver les fenêtres des bâtiments et passerelles de la base ensevelies sous plusieurs mètres cube de poudre blanche bien tassée par le vent. Un travail de forçat qu'il faut recommencer à chaque coup de vent puisque ce que l'on déneige en un jour, le vent le ramène en 1h, comme ça sans se fouler. Mais bon, c'est ca aussi les petits plaisirs de la vie polaire!

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En ce qui concerne les empereurs, les « stars » du coin, ils continuent leurs transhumances en files indiennes vers les eaux libres (la polynie) à une dizaine de kilomètres de distance; eaux libres desquelles, après avoir barboté quelques temps dans un liquide froid à faire pâlir un norvégien, ils ressortent le bide bien rempli et reprennent leur transhumance dans le sens inverse pour rejoindre la manchotière et dégobiller leur pêche à leurs charmants bambins duveteux qui n'en finissent pas de gonfler sous le regard glacial des pétrels géants qui à quelques mètres de là, embusqués au milieu du troupeau, sélectionnent parmi ces adorables et trognones (et …) petites peluches celle qui leur servira bientôt de punchingball puis de « quatre heure »!

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Manchots en route pour la polynie... cherchez l'intrus!

 lamanchotière 

 

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Une dernière info capitale avant de clore cette mise à jour: Les travaux du dortoir sont bientôt finis !

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 * (je n'ai pas encore aperçu de pétrels de Wilson, cet oiseau à peine plus gros qu'un volant de badmington, très dur à prendre en photo du fait qu'il est toujours en mouvement.)