En ce moment je n'ai pas trop le temps de faire les choses qu'il me plairait de prendre le temps de faire, alors l'autre jour je me suis laissé enrôler par le chef central dans ce qui devait être "l'expérience de ma vie", mon quart de nuit à la centrale.

 

Être de quart de nuit centrale consiste: à regarder un maximum de films d'affilé... non, "amphêt", être de quart de nuit centrale consiste à battre le record du doc au "Yéti sport"... non, en vérité être de quart de nuit centrale consiste à veiller de 20h à 6h30 pendant que les autres dorment ou se trémoussent sur le dancefloor et, d'avoir le plaisir, en cas d'alarme, d'extirper le chef centrale (Sly), des bras de Morphée dans lesquels il sommeille, un filet de bave de béatitude au menton, innocent tel un nouveau né (très précoce cela dit en matière de pilosité)!

Enfin, bref, théoriquement, le quart de nuit centrale te laisse le temps de faire toutes les choses que tu n'as pas le temps de faire habituellement.

La centrale jusqu'à présent pour moi c'était juste un bâtiment tout moche de plus posé là pour fabriquer du bruit, couvrir les blancs lourds de silence de l'antarctique lorsque le vent s'essouffle, saccager le chant mélodieux des empereurs et surtout m'empêcher de dormir la nuit...

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J'avais décidé de régler le problème façon indépendantiste Corse en plastiquant le bâtiment avec un vieux "bison 5" rescapé de mon stock de pétards du 14 juillet 1999 en partie chouravé chez "la grosse Berta" (bah quoi il y a prescription depuis, non?!), sûr que ca aurait fait un max de dégâts...

 

Mais en fait, grâce à une petite formation dispensée par son chef, j'ai récemment appris que la Centrale produit autre chose que des décibels: du courant et de l'eau potable (la "centraline").. j'ai donc remisé mes intentions terroristes par devers moi et me suis plié à mes obligations centraliennes.

 

Voici un résumé de ma nuit.

 

Il est 20h mon quart de nuit commence.

Je suis fébrile, c'est ma première ronde dans la salle des machines, casque anti bruit sur les oreilles, mon calepin dans la main gauche, crayon dans la main droite, je me rends au chevet de mes machines prêt à relever pressions, températures, salinité et autres débits débiles et variés...

 

20h 02: je patauge dans un océan de Kilowatts, d'ampères, de Volts et de Kilohertz... le groupe électrogène... le bouilleur...des tas de ferrailles, des machines infernales...je suis perdu dans les jauges et les compteurs à relever, il y en a partout, partout, partout.. et ce bruit, ce bruit, ce bruit...comme la cavalcade d'une centaine de machines à laver lancées en plein essorage... dans quoi me suis je embarqué? Môman...

 

21h35: Ça y est j'ai rempli tant bien que mal toutes les cases de la feuille, j'ai fait tous mes relevés. Enfin je vais pouvoir m'adonner au loisir et faire toutes ces choses que je n'ai pas le temps de faire habituellement: écrire, lire, dessinnnn...ehh zut!

Déjà 22h, l'heure du deuxième relevé.. Allez on reprend le calepin, le crayon, on remet les oreilles de Mickey, on ouvre la porte et hop on repart à la chasse aux nombres, on zieute les jauges, on se perd, on se reperd, ca manque de repères et pas un pékin pour me renseigner; T4.. T4 … elle est où la jauge T4?!

Allez, rappelles toi les enseignements de Sly "le grand maitre de la centrale".. fais travailler ta mémoire..

Ah oui ca y est!

Là, Sly m'est apparu comme maitre Yoda dans star wars mais en plus poilu et il m'a dit: "pour la T4 trouver, pas dur c'est: (là il a arrêté de parler bizarre parce que ca l'énervait) prends la première à droite après le troisième groupe électrogène et continues jusqu'à P3, fais 5 pas à gauche, deux tours sur toi même (eyhh macarena!), montes sur le tabouret bancal et hop te vlà nez à jauge avec T4..."

 

22h20 Bah finalement je m'améliore en relevés.. j'ai plein de temps pour faire plein de trucs avant le prochain tour des compteurs.

 

Bon, première chose à faire: boire, en grande quantité... avant de tenter l'expérience centralienne, je me suis un peu documenté: j'ai feuilleté un "voiles et voiliers" spécial quart de nuit dans lequel il est conseillé de boire beaucoup pour rester éveiller..Un quart de nuit sur un bateau et un quart de nuit à DDU c'est un peu la même chose, ce qui vaut pour les aventuriers de l'atlantique doit bien être valable aussi pour les "zéros" de l'antarctique!

Je bois du Schweppes, je bois du café, je bois du thé... le tout en grande quantité.

 

Je sors mes affaires: un bouquin à lire, un bout de bois à sculpter (un morceau de feu le noyer du jardin de mes parents ramené dans mes malles), un carnet de bord, un magazine de sudoku (Eurk!!! à n'ouvrir qu'en cas d'ennui mortel) ... J'écris quelques mails...

Derrière le triple vitrage du bureau, la centrale ronronne comme un chat sous amphét', tout va bien, tout va bien, tout va bien, tout... va... bien...

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23h45: Chaudement enveloppé dans mon ciré, à la barre de mon bateau (le phocéa je crois ou une petite barcasse dans le même genre) je tiens bon mon cap dans la tempête tandis que les autres dorment paisiblement dans leurs couchettes, quand soudain (,tarte tatin), un truc se met à siffler dans l'obscurité (poil au nez), un truc qui hurle comme une vieille bouilloire de grand mère oubliée sur le feu (poil aux cheveux).

 

Ah m... malheur! je me suis endormi! C'est mon alarme vessie qui m'indique que le niveau de ma citerne a atteint son maximum et qu'il faut vidanger dans la minute sous peine de vidange automatique incontrôlée.

Bon le réveil n'est pas agréable certes mais le principal c'est que le truc de marin fonctionne, je suis à l'heure pour le relevé.

 

00h10, vidange effectuée, relevé terminé.

Que faire? Écrire... la flemme! Lire... la flemme! Regarder un film? Bon allez c'est parti.

 

Là, je n'ai pas réussi à me décider sur le film à choisir, j'ai passé des plombes à parcourir la longue liste de films disponibles sur le réseau et quand enfin j'ai fini par trouver mon bonheur il était déjà l'heure moins 20 min d'effectuer le relevé suivant.

Et 20 min (à regarder voler des mouches imaginaires assis dans le fauteuil grand confort du chef central) plus tard:

 

2h00: une ligne de plus inscrite dans le calepin.

Que faire? Écrire... la flemme! Lire... la flemme! Mettre fin à 26 ans de frustration en jouant à la console de jeu de la centrale.. devenir geek en antarctique... ouais, allez c'est parti!

 

Bon là, j'ai vainement tenté de trouver les bons fils à brancher dans les bons trous du derrière de la télé jusqu'à ce qu'arrive l'heure du relevé suivant.

 

4h00: Relevé suivant...

 

Là je suis allé mettre en place le petit déj' au séjour; Et comme j'avais deux heures pour le faire et que la flemme inhibait encore toutes mes facultés scribouilleuses et artistiques, j'ai fait ca bien:

J'ai vérifié au millimètre près la symétrie des bols, l'alignement des serviettes, rectifié l'acidité du jus d'orange, rééquilibré les niveaux des pots de confitures, j'ai même débattu avec mes moi même de la meilleure solution à adopter pour le pot de nutella: cuillère ou couteau (pour ceux que le sujet intéresse, ma thèse sera prochainement publiée dans la rubrique cuisine de "the science").

Bref j'ai dressé une table de petit déj' digne du meilleur hôtel formule 1 (ma grande référence en matière d'hôtellerie française)!

 

Puis 6h a sonné, l'heure pour moi d'effectuer le dernier relevé et de ranger en vitesse tout mon paquetage de choses inutiles (bouquins, sudoku, buche...).

 

6h20: Coup de fil de Valentin "ta nuit est finie Clem". Passage de relais au séjour en mode "zombi" devant un bol rempli d'une chose liquide et noire.

 

7h00: Ahhh! Je suis dans mon lit et c'est le bonheur!.

 

 

Fin de la nuit... début du cauchemard!

 

8h00: Concerto de meuleuse sur barre alu: zzziippppp.... ziiiiiiiiiiiiiigggg... zwouimmmmm..

c'est Baptisto qui commence les travaux de rénovation du dortoir dans la chambre d'à côté... le bonheur aura été de courte durée!